Mardi 4 septembre 2007
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Il n'est pas d'arrière-pays. Tu ne saurais te retirer derrière ta face.
C'est pourquoi dérouler ce tarir et descendre dans tant d'absences, pour sinuer jusqu'à renaître, noir dans le roc.
Edouard Glissant, Demains, Boises, Poésie/Gallimard
Par tissiane
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Dimanche 19 août 2007
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L'ancêtre parle, c'est l'océan, c'est une race qui lavait les continents avec son voile de souffrance; il dit cette race qui est chant, rosée
du chant et le parfum sourd et bleu du chant, et sa bouche est le chant de toutes les bouches d'écume; océan! tu permets, tu es complice, faiseur d'astres; comment n'ouvres-tu pas tes ailes en
poumon vorace? Et voyez! il ne reste que la somme du chant et l'éternité de la voix et l'enfance déjà de ceux qui en feront héritage. Car pour la souffrance elle appartient à tous : chacun en a,
entre les dents, le sable vigoureux. L'océan est patience, sa sagesse est l'ivraie du temps.
Edouard Glissant, Océan in Poèmes complets, Gallimard
Par tissiane
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Lundi 6 août 2007
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Je crois qu'il faudra nous rapprocher de la pensée de la trace, d'un non-système de pensée qui ne sera ni
dominateur, ni systématique, ni imposant, mais qui sera peut-être un non-système de pensée intuitif, fragile, ambigu, qui conviendra le mieux à
l'extraordinaire complexité et à l'extraordinaire dimension de multiplicité du monde dans lequel nous vivons. Traversé et soutenu par la trace, le paysage cesse d'être le décor convenable et
devient un personnage du drama de la Relation. Ce n'est plus l'enveloppe passive du tout-puissant Récit, mais la dimension changeante et perdurable de tout changement et de tout échange.
Cet imaginaire d'une pensée de la trace nous est consubstanciel quand nous vivons une poétique de la Relation dans le monde actuel.
Edouard Glissant, Créolisations dans la Caraïbe et les Amériques in Introduction à une
Poétique du Divers, Gallimard
Par tissiane
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Dimanche 5 août 2007
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"Ouvrage bâti tout d'une traite " ainsi que le présente Edouart Glissant, Introduction à une Poétique du Divers, composé de quatre conférences suivies de deux entretiens, explore le concept de
créolisation, les relations entre les cultures, notre rapport au monde et la pensée poétique dans le monde actuel. La très grande culture, la puissance de pensée et la beauté vive de
la parole de Glissant rendent cet ouvrage, certes ardu, captivant.
Le livre est publié pour la première fois en
1995.
Extrait 1 :
La créolisation exige que les éléments hétérogènes mis en relation "s'intervalorisent", c'est à dire qu'il n'y ait pas de dégradation ou de diminution de
l'être, soit de l'intérieur, soit de l'extérieur, dans ce contact et dans ce mélange. Et pourquoi la créolisation et pas le métissage? Parce que la créolisation est imprévisible alors que l'on
pourrait calculer les effets d'un métissage. On peut calculer les effets d'un métissage de plantes par boutures ou d'animaux par croisements, on peut calculer que des pois rouges et des pois
blancs mélangés par greffe vous donneront à telle génération ceci, à telle génération cela. Mais la créolisation, c'est le métissage avec une valeur ajoutée qui est l'imprévisibilité. De même
était-il absolument imprévisible que les pensées de la trace inclinent des populations dans les Amériques à la création de langues ou de formes d'art tellement inédites. La créolisation régit
l'imprévisible par rapport au métissage; elle crée dans les Amériques des microclimats culturels et linguistiques absolument inattendus, des endroits où les répercussions des langues les unes sur
les autres ou des cultures les unes sur les autres sont abruptes. En Louisiane par exemple : la création de la musique zydeco est une application à la musique cajun traditionnelle des rythmes et
des pouvoirs du jazz et même du rock. En Louisiane, on trouve des Black Indians, qui sont des tribus nées de mélanges entre esclaves noirs enfuis et Indiens. J'ai assisté à la
Nouvelle-Orléans au défilé d'ethnies Black Indian, il y a là quelque chose d'absolument imprévisible et qui dépasse le simple fait du métissage. Ces microclimats culturels et linguistiques que
crée la créolisation dans les Amériques sont décisifs parce que ce sont les signes même de ce qui se passe réellement dans le monde.
Edouard Glissant, Créolisations dans la Caraïbe et les Amériques in Introduction à une Poétique du Divers,
Gallimard
Par tissiane
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Mardi 26 juin 2007
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Non pas le chant, étal sur ton désert
Mais l'innocence tombée rouge
Limon des morts dans ta mort entablés
Un rire pour qu'un mort ensable sa blessure
Un cri un noeud un lourd aplomb de têtes chues
Non pas le chant
Mais cette pierre dans ta main où crie le vent
Et rêvent des oiseaux blessés des fruits des mots
Pendant que vive tu surprends
Le sang rivé vivant dans la nuit sans autan
Edouart Glissant, Abrupt in Le sel noir,
Poésie/Gallimard
Par tissiane (geneviève capelle)
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Mardi 12 juin 2007
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Sur la laine du bruit quelque objet de silence,
mais si vaste.
Il y a de
l'amour, de son mouvements vers les
vitrines attentives.
Qui s'arrête et contemple? Ici la pensée
organise
l'exposition des oripeaux, et le charme s'éternise.
Là, des chats géants grattent la terre, l'acier du
silence et la croyance sans objet.
Edouard Glissant, Villes, Le sel noir, Poésie/Gallimard
Par tissiane
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